lundi 22 septembre 2014

Phase terminale

Centaurée

Phase terminale.
« L’hôpital a appelé ce matin. Jeanne est en phase terminale. »
C'est une petite phrase terrible pour commencer la journée.

La phase terminale a remplacé l'agonie. Des mots du vingt et unième siècle, froids, mécaniques comme pour gommer la souffrance d’une fin de vie.

Il y a des Christ un peu partout en France. Pas seulement dans les églises. A chaque croisement ou presque. Calvaires.
Ces Christ de pierre agonisants nous ont habitué avec la souffrance du mourant. Mais nous ne voulons plus la voir. Les médecins, les infirmières n'en peuvent plus aussi. Ils ne peuvent pas l'abolir alors ils la nomment « Phase terminale » et, ce faisant, la parent de vertus modernes, magiques dont nous nous satisfaisons.

Phase terminale. Ces gris-gris ne me trompent pas. Ces mots disent que Jeanne est en train de mourir et qu'elle souffre. Qui peut se croire protégé par ces mots stupides ? Qui peut se croire à l'abri des larmes ?

26 commentaires:

  1. Bon jour Philippe,
    J'aime beaucoup cette photo avec les effets de flares offerts par la lumière.
    Pour ce qui est des mots déposés qui sont maux ce matin, personne n'est à l'abri, et pourtant certains agissent comme s'ils allaient vivre toujours.
    Pensées déposées...
    Bonne journée

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    1. Bonjour Pascale, avec ces mots j'ai l'impression que le corps médical se débarrasse de la fin de vie comme on expédie un colis, je ne trouve pas ça humain. Ou est-ce l'humain d'aujourd'hui qui m'effraie ?

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  2. Nous avons tous peur de la mort, plus par crainte de l'inconnu que de la fin elle-même. Nous y passons tous (sauf moi) et pourtant notre crainte est telle que nous utilisons des périphrases pour l'évoquer, phase terminale en est une...

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    1. Merci Jeanmi, je n'aime pas cette périphrase, elle manque d'humanité.

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  3. Un beau billet en image et mots pour parler de cette appréhension humaine qui n'épargne personne.
    Il n'y a que la tendresse partagée qui peut adoucir la vie jusqu'au bout.
    Offrons la, le plus souvent possible.

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  4. Bonjour Philippe. Ton texte est très poignant et illustre tout à fait ce que chacun de nous peut ressentir, y compris le personnal médical, face à la mort. Cette belle centaurée quant à elle est bien en vie et partira elle aussi un jour vers la lumière qui la nimbe... que l'on appelle "lumière divine" pour avoir moins peur.

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  5. La mort n'est rien, en comparaison de cette phrase terrible!
    Bel hommage que celui de la centaurée dans la lumière...

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    1. Merci Gine, oui c'est une souffrance terrible.

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  6. Abolir la souffrance, peu importe ou elle se trouve, devrait être une priorité mondiale. La mort en elle-même n'est qu'un passage pour un ailleurs qui je l'espère contient plus d'amour qu'ici bas.
    Très belle photo.

    Bonne journée Philippe.

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  7. Bonjour ,
    Comme tu peux le penser , cet article me touche particulièrement , moi dont la blessure ne se referme pas , bien au contraire ...
    Amitiés .

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  8. "Phase terminale", c'est vrai que ce n'est pas une belle expression. Il y a toujours beaucoup de maladresse et de non-dits autour de la mort, ce n'est pas évident, ni facile, pour personne.
    Bon courage à Jeanne et à sa famille. Je t'embrasse, Philippe.

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  9. Je ne suis pas sûre qu'il y ait de mots faciles à entendre et à accepter dans ces moments-là.
    Ce sont des instants à vivre tellement douloureux, quand il s'agit de la perte d'un proche à venir.
    On a chacun son ressenti face à une telle douleur, à par se réconforter pour le mieux face à la dureté de l'épreuve, et laisser le temps panser la douleur et le vide.

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  10. Bonsoir Philippe,
    même si la fin est inéluctable, c' est la manière dont on y arrive qui crée la douleur pour soi ou ses proches, bon courage, rien de plus à dire !

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  11. Bonsoir Philippe,
    je suis profondément touché par la spontanéité et la fermeté de ton texte et j'ai besoin de répondre, par le silence...
    Ce silence des pompiers quand ils se sont battus pour essayer de maintenir ma fille en vie : des gestes précis, une intensité incroyable, pas un mot, mais combien de regards échangés !
    Après tant de silences, et de regards, une phrase qui rassure presque : "C'est la fin..."
    J'ai entendu dans mes tripes : la fin, de la souffrance, pour elle...
    J'ai été là, jusqu'au bout, et ces mots m'ont apaisé !
    Oui Philippe, je suis d'accord, les mots sont importants, surtout dans les pires moments...
    Merci pour cette photo si belle
    Amitiés

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    1. Merci beaucoup Hervé pour ton témoignage bouleversant.

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  12. Les hôpitaux, les médecins, le corps médical sont proche de la mécanique dans un garage.
    Ta fleur met de la poésie et de la douceur sur ces mots.
    Bonne soirée Philippe.

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  13. Bonsoir Philippe,
    Une expression terrible pour ce grand passage que chacun connait à un moment de la vie dans son entourage.et qui rend triste mais humble. Je compatis de tout coeur à ta tristesse Philippe.

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